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Dermographie : “J’aide les femmes à se reconnaître après un cancer”

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Par : Vik

Il y a 4 mois

Un cancer du sein marque le corps : cicatrices, ablation, alopécie… C’est difficile de vivre dans un corps qu’on ne reconnaît plus. Mais il existe des solutions pour se le réapproprier. Vanessa Dury est dermographe, elle aide les femmes à se retrouver après un cancer. Entre maquillage permanent et tatouage, elle les accompagne avant, pendant et après le parcours de soins. Voici comment se réapproprier son corps avec l’aide d’une dermographe :  

Bonjour Vanessa, peux-tu te présenter rapidement et nous expliquer comment tu aides ces personnes avec ton travail ? 

“Je m’appelle Vanessa, j’ai 40 ans et je suis dermographe. Je dessine sur les peaux pour aider les personnes à se réapproprier leur corps après un cancer, un accident, une chirurgie.  

Je travaille sur Montpellier et Nîmes, dans des instituts de beauté, des salons de tatouages, des maisons médicalisées… Dans certains lieux où j’interviens, on accueille les femmes en présence d'oncologues, de kinésithérapeutes, d’autres dermographes… Mon objectif est d’aider avant, pendant et après le parcours de soins. 

J’ai été inspirée par ma grand-mère. Elle a vécu une ablation après un cancer du sein. À l’époque il n’y avait pas de reconstruction, et je la voyais très complexée. Je me suis dit qu’il devait bien y avoir une solution pour ces femmes ! 

Alors je me suis formée pour leur rendre ce qu’elles avaient perdu après un cancer du sein, en devenant dermographe. Je suis passée par le maquillage permanent avec une formation diplômante, puis j’ai suivi d’autres formations pour les sourcils et d’autres zones de pilosité (en cas d’alopécie, de chimiothérapie). Je peux aussi redessiner des aréoles mammaires en 3D. J’aide les femmes après un cancer mais aussi d’autres personnes. Je peux redéfinir la couleur de la carnation sur des cicatrices ou des greffes de peau suite à une brûlure, mais aussi travailler la bouche, si la personne a eu une chirurgie suite à ce qu’on appelle un “bec de lièvre” (une malformation de la lèvre supérieure ). 

Aujourd’hui je continue de me former sur les cicatrices, notamment pour en améliorer la qualité par le massage, diminuer l’adhérence. Quand on coupe la peau, ses différentes couches peuvent se souder entre elles lors de la cicatrisation. Cela génère une gêne, une cicatrice dure. Une cicatrice douloureuse est souvent due à cette adhérence, et ce phénomène est allégé grâce à ces techniques.  

Le processus est simple. Je demande une photo de la personne avant l’atteinte physique, puis je m’en sers de référence pour mon travail. 

Il arrive parfois je ne puisse pas traiter, si ma compétence ne permet pas de réaliser la demande je peux refuser la cliente. C’est pour cette raison que je continue de me former, pour aider le maximum de personnes possibles. Je recommande parfois des confrères, mais je ne laisse personne sans solution.” 

Quelles recommandations peux-tu donner à nos patient.e.s qui peuvent être intéressé.e.s par la dermographie ? Que faut-il savoir ?  

“La technique est la même que pour le tatouage, sauf que j’applique l’encre dans l’épiderme (couche supérieure de la peau) alors qu’un tatouage classique se fait dans le derme (couche intermédiaire). De plus, l’encre est composée de pigments organiques et minéraux. Pour ces raisons, le maquillage permanent peut s’estomper avec le temps.  

Il faut savoir que le maquillage peut donner un rendu très réaliste. Au niveau du sein, s’il y a eu une ablation, on peut recréer la même aréole, soit en fonction de celle qui reste, soit adaptée à la carnation de la personne, c’est impressionnant de réalisme.  

On peut venir me voir avant la thérapie, pour anticiper les changements, mais aussi pendant et après pour travailler les cicatrices et gérer l’évolution. Après avoir travaillé sur une personne, j’attends un mois et demi avant de la revoir pour observer la cicatrisation. 

Je peux aider les personnes qui ont eu un cancer, mais pas uniquement. Je peux travailler sur un sourcil, un œil, des cicatrices et des chirurgies. Par exemple, après un accident de voiture, j’ai recréé une lèvre. Ce procédé permet d’atténuer les cicatrices, mais également de les éclaircir ou les foncer…  

Cependant, j’évite de toucher aux chéloïdes (cicatrices dures, épaisses). Pour ça, je recommande d’aller voir un dermatologue.  

Il y a quelques précautions à prendre en cas de pathologies annexes :  

  • Si la personne est diabétique, voir un médecin avant  
  • En cas d’hémophilie ou de sang très fluide, voir un médecin avant 
  • Je demande à être informée de la présence du HIV ou d’une hépatite  
  • En cas d’instabilité psychologique, je propose un temps de réflexion plus long avant d’intervenir  
  • Je demande à mes clients de remplir une anamnèse (antécédents médicaux) 

Il est important de noter que la peau fait son renouvellement cellulaire pendant la cicatrisation, il faut donc laisser le temps au temps. Alors après mon intervention, il faut éviter le soleil et appliquer une crème de soin pendant huit jours.  

Le maquillage est souvent associé à l’esthéticienne, mais là je vais au-delà. Il y a un aspect thérapeutique, j’aide ces personnes à tourner une page.” 

L’aspect psychologique est très fort dans ton métier, comment tu gères ça ? Le lien avec les personnes doit être particulier, je suppose que ce sont des moments difficiles mais beaux, pour elles et pour toi ?  

“Ce n’est pas toujours évident. Quand une cliente me parle, c’est forcément touchant. Elle n’est pas toujours entendue par ses proches, ceux-ci peuvent être partis… Parfois on a envie de craquer.  

J’ai reçu une jeune fille de 17 ans, elle avait une tumeur aux sinus, et ça a touché sa gorge et ses os du bassin. Elle a beaucoup pleuré. Forcément, c’est touchant, on est tous humains… Si j’ai envie de craquer, j’ai une astuce : je dis “je reviens, j’ai oublié quelque chose dans la pièce d’à côté”. Il faut bien trouver le moyen de rester forte pour les soutenir.  

Je considère que je reçois des client.e.s, et non des patient.e.s. Je veux casser la barrière du médical, ici on tourne la page. Je vais faire en sorte que le visage reste tel qu’il est, j’essaye de mettre un terme à l’aspect médical, pour que vous soyez belle ou beau.  

Après mes interventions, je ne vois plus mes clients. Je reste professionnelle. Parfois on vient me revoir pour d’autres besoins (retravailler un ancien projet ou un nouveau), mais sinon on ne se revoit pas.  

Toutes les histoires que j’ai vues sont touchantes. Je me souviens de toutes mes clientes. Ce qui me touche particulièrement, c’est la fin. Quand on a fini la séance, la cliente se voit dans le miroir, elle pleure de joie parce qu’elle ne s’attendait pas à un tel résultat. C’est beau, une page qui se tourne… ” 

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